Diane Langlumé - Journaliste

Un bureau dans un jardin

mardi 8 janvier 2008 par Diane Langlumé

Lorsque j’ai emménagé, il y a huit ans, ce n’était que béton nu et mauvaises herbes. J’en ai fait mon petit paradis de verdure, fleuri en toute saison (c’est tout l’art de dénicher des plantes qui fleurissent en plein hiver). Et la nature semble y avoir trouvé son compte, car depuis cette année, je suis envahie de papillons multicolores et de petits oiseaux (rouges-gorges, sansonnets, moineaux...) qui font cui-cui toute la journée, se baignent dans mon petit bassin à poissons rouges et font leur nid dans les feuillages, au grand bonheur de Mademoiselle Chat, un personnage important de cette histoire.

L’aspect de mon bureau, je l’ai soigné comme celui de mon jardin : face à la porte-fenêtre, une longue table en bois de cannelle sombre qui me donne envie de m’attabler, une chaise de réalisateur munie de gros coussins confortables, des plantes sur chaque recoin du bureau, une collection de vingt orchidées multicolores à ma droite. Il faut dire que j’ai dévoré tous les bouquins de déco sur le thème de « Travailler chez soi ».

En termes conceptuels, mon bureau c’est avant tout mon ordinateur portable, et le fatras de ses moult dépendances externes (scanner, écran 19" traditionnel pour la photo, disques durs externes, tablette graphique, Palm, lecteurs de cartes...). Au point qu’un jour, rageuse, j’ai saisi un feutre argenté et j’ai libellé la trentaine de prises et adaptateurs pour savoir en un clin d’œil ce que je devais brancher et débrancher : très pratique. A proximité immédiate, un arbre-griffoir avec hamac pour divertir les énergies du chat et les recanaliser loin de l’ordinateur (si vous avez déjà essayé de taper un papier avec un chat couché sur les mains, ce n’est pas pratique).

Et enfin, des dizaines d’étagères, remplies de dossiers méticuleusement étiquetés et de livres classés alphabétiquement qui font l’envie de mes amies. J’ai des méthodes d’organisation redoutables et des critères très élevés en la matière. Hélas, gros défaut et hantise personnelle, j’accumule beaucoup plus vite que je ne range, mes idéaux de classement parfait se révélant particulièrement fastidieux à implémenter ! Ainsi, plusieurs piles de tailles indécentes demeurent en souffrance à attendre que je trouve la patience et le temps de les traiter enfin.

Mon jardin, c’est aussi mon refuge contre les frustrations du quotidien. Un graphologue m’a affirmé un jour que j’étais une « émotive réactive secondaire », ce qui, en vulgus, signifie que j’ai la faculté de transformer toutes mes émotions en actions et créations positives. Vous n’avez pas passé mon papier ? J’empoigne la tondeuse. Je mange des pâtes ce mois-ci parce que vous avez des retards de trésorerie ? Je fais une coupe au bol au laurier. Vous m’avez refusé cette collaboration ? Je rempote ma collection d’orchidées.

Dès les beaux jours, j’ouvre ma longue baie vitrée, abolissant ainsi toute limite entre le bureau et le jardin. Par grand soleil, mon ordinateur portable m’accompagne sur le banc anglais du jardin, sous mon grand parasol, respirant l’odeur de mon figuier blanc rapporté d’Italie. Ça ressemble étrangement au bonheur.

Et puis, à la morte saison, les portes vitrées fermées, envahie de plantes rentrées pour cause de gel, je regarde la pluie battre sur les fenêtres, bien à l’abri, au chaud dans mon jardin d’hiver.

Voir en ligne : Le site Pigiste :


Accueil du site | Contact | Plan du site | Espace privé | Statistiques | visites : 162045

Site réalisé avec SPIP 1.9 + ALTERNATIVES

RSSfr