Diane Langlumé - Journaliste

Critique de "Fuochi fiammanti a un’hora di notte" d’Ermanno REA

Roman (312 pages)

novembre 1998 par Diane Langlumé

RESUME :

De retour à Paris, Martino, sculpteur de trente ans, fait le récit de son voyage à son meilleur ami Ottavio et à la fille de celui-ci, Mélanie, qui l’écoute amoureusement. En effet, Martino revient d’une épopée de plusieurs mois passés à rechercher sa mère de Londres à Rome, puis à Florence, Venise, Viterbe, et enfin, dans l’Ile. Sa mère a disparu depuis plus de six mois lorsque Martino s’aperçoit de son absence : ils n’ont jamais été proches, s’étant disputés un an et demi auparavant, ils ne se sont jamais rappelés. Femme extravagante, cruelle et vindicative, la mère de Martino n’en est pas à sa première frasque. Mère indigne avant tout (“Non ho mai avuto alcuna particolare inclinazione per l’amore, intendo per il sentimento d’amore. (...) Il mio affetto per te (...) : ecco il mio vero nemico”), femme à hommes, elle a abandonné mari et enfant alors que Martino n’avait pas quatre ans, et leurs rapports sont demeurés épisodiques et orageux. C’est le père de Martino qui somme son fils de partir à la recherche de sa mère. Qui sait si elle ne se trouve pas dans une situation désespérée, agonisante ?

L’enquête est ardue, nul ne sait où se trouve sa mère. A Rome, il se décide à faire ouvrir son appartement et découvre une pile de lettres à divers amants ainsi qu’une sorte de journal intime où chaque page lui est adressée “Caro Martino...”. Il les photocopie et part pour Viterbe où habite la meilleure amie de sa mère, Margherita. Celle-ci, fidèle au souvenir des années où elle militait férocement en faveur des droits de la femme avec la mère de Martino refuse de le renseigner. C’est le mari de Margherita qui révèle à Martino la destination de sa mère : une île.

Martino se rend dans l’île, et une sorte d’initiation commence pour lui. Initiation à la vérité maternelle, tout d’abord. Au travers de rencontres multiples et de méditation sur fond de paysages volcaniques et méditerranéens, au fil de la lecture du journal intime qui a des relents de descente aux enfers, Martino mûrit et trouve des réponses à ses questions. L’île agit sur lui comme un sortilège, il découvre qu’il y a été conçu, et se prend à rêver de tout abandonner pour s’y installer, il s’instille en elle comme elle en lui. Il s’y fait des amis aux noms pittoresques et évocateurs, quasi féeriques : Cilla-Bellezza qui l’héberge, son fils Fresco qui aime Albarossa, Arcangelo Pantaluccio (père d’Alba), il Principe Costa-Zahami (psychologue amateur), la postière Teresa, l’aubergiste Vito Foresta, le Vulcanologue et l’homme qu’il aime en secret, Champagne.

Nombreux sont les habitants qui disent avoir vu sa mère, mais plus il approche du but, plus elle semble se dérober à lui. Sa mère habiterait au village de Frau Rosemarie, féministe allemande qui a instauré sur l’île une communauté pour femmes en proie au doute, à l’impossibilité existentielle de trouver leur place entre désir d’émancipation et piège de la maternité (et c’est là une des réflexions du livre : voir la saisissante comparaison à Pénélope p.292-293). Mais Rosemarie s’acharne à protéger sa mère, niant sa présence à Martino. Aguerri mais découragé, Martino décide de retourner à Paris pour retrouver sa bien-aimée Mélanie. Plusieurs mois s’écoulent en tranquilles récits de voyage qu’Ottavio prend scrupuleusement en note afin d’écrire le livre, livre qui se referme sur la décision de Martino de repartir à la recherche de sa mère, accompagné cette fois-ci de Mélanie. L’on ne sait ni s’ils la retrouveront, ni s’ils reviendront jamais de ce voyage.

CRITIQUE :

Ermanno Rea nous livre ici un roman attachant, agréable à lire, merveilleusement écrit dans un style fluide et pertinent, empreint d’humour et surtout de poésie. La personnification est tout à fait remarquable : chaque personnage vit dans l’esprit du lecteur tant son caractère est vraisemblable et minutieusement décrit, la finesse de l’auteur en la matière n’a d’égal que son goût (“Margherita ormai non si allontanava più dal suo tetto, viveva in uno stato di identificazione con le mura della sua casa che al mattino, svegliandosi, indossava come capi di vestiario senza i quali si sarebbe sentita nuda e indifesa”). Les chapitres sont courts (un rêve !), anecdotiques, et toujours précédés d’un petit résumé très voltairien de l’action qui suit, mettant en relief un aspect essentiel de ce livre : la fable.

En effet, cette île n’est jamais nommée, alors qu’il est très facile de la situer au large de la Sicile, plus particulièrement au sein de l’archipel des îles Eoliennes, car elle semble s’inspirer de l’île d’Alicudi. Cinq kilomètres carrés de terre volcanique, un cône tronqué qui émerge de l’eau et fut attaqué par Barberousse, une population vieillissante qui ne se renouvelle plus faute de femmes et émigre en Australie. Cette île est la protagoniste du roman au même titre que Martino. Elle semble posséder un pouvoir sur ses habitants, les enchaînant à sa roche, mais son univers est bien réel, l’on y souffre, l’on y meurt, les passions illicites s’y nouent et s’y dénouent. L’on s’y espionne aussi, faute d’avoir une meilleure activité dans ce lieu si confiné qui sait servir de refuge à ceux qui fuient. Car Martino aussi fuit dans une certaine mesure, et c’est un peu une quête de soi que le livre suggère (“Si scompare quando, a furia di cercare la verità dietro l’apparenza, uno si accorge, o meglio crede di accorgersi, che la verità stessa è apparenza e che le cose di cui si può parlare sono soltanto quelle che accadono”).

L’on s’émeut de la fable inventée par les élèves de l’école sur un mage, Mago Dirupo, qui a le pouvoir d’exaucer tous les voeux et auquel les enfants demandent des petites filles, afin qu’adultes elles repeuplent l’île et lui donnent un futur en enfantant. L’enterrement d’Arcangelo Pantaluccio, mémoire collective du lieu, constitue l’apogée du livre : en écoutant l’âme de l’île, c’est la sienne que Martino a découverte.

STATUT :

Publication refusée chez Albin Michel.

Jamais traduit ou publié en France à ce jour. Toujours disponible en Italie.



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