Diane Langlumé - Journaliste

Critique de "La Terra dei Dinosauri" de Carola SUSANI

Roman (118 pages)

novembre 1998 par Diane Langlumé

RESUME :

L’histoire se déroule à Rome avec pour toile de fond une bien étrange famille. Emilio, le père, est ingénieur dans le Tiers Monde, souvent absent. Sa fille le compare à un mammouth. Quand il est à la maison, il s’enferme dans sa chambre pour jouer du violon ou il tyrannise ses filles pour qu’elles apprennent le piano. Alba, la mère, aime vivre dans la pénombre de peur que ses meubles ne se souillent de poussière. Et puis il y a Ludovica, l’aînée, légèrement nymphomane ; Francesca vient ensuite, et semble vivre dans un exil permanent au sein de cette famille. C’est Francesca qui parle à la première personne, retraçant sa vie de la petite enfance à la rencontre de son futur mari. Il y a l’épisode du chien Dick, que le père vole dans une voiture en cassant un carreau. Ou bien les hallucinations de Francesca qui croit voir le diable partout, et plus particulièrement en sa mère.

Un jour, Emilio se retrouve au chômage, sa relation avec Alba s’étiole, il prend un appartement séparé et emmène le chien. Presque instantanément, Emilio est arrêté pour faute professionnelle lorsqu’un des ponts qu’il a construits s’écroule. Le chien Dick meurt oublié dans l’appartement tandis que son maître croupit en prison. Alba et Ludovica se pouponnent pour lui rendre visite en prison et font de leur mieux pour l’en sortir, d’autant que Ludovica a entrepris des études de droit. Francesca, elle, semble flotter dans une certaine indifférence, l’on ne sait jamais si elle évite de rendre visite à son père car elle ne supporte pas la présence de sa mère ni de sa soeur ou bien parce que son père ne compte pas pour elle. En effet Alba et Ludovica semblent faire corps contre Francesca qui ne leur ressemble en rien. Celle-ci a entamé des études de physique, sous la houlette d’Antonello, professeur à la Sapienza et ami de sa mère. Ce dernier porte une attention toute particulière à Francesca, alors qu’elle se joue de lui. Elle semble douée pour les études qu’elle entreprend et pourtant, elle s’étonne de chaque réussite, dénigre son propre travail. Malgré son intérêt très précoce pour les sciences et la préhistoire, l’on ne ressent chez elle aucune ambition, aucun désir. Elle termine pourtant ses études brillamment.

Emilio est finalement innocenté et relâché de prison. Ludovica épouse un avocat aux convictions fascistes, alors que Francesca se laisse peu à peu endoctriner par les Témoins de Jéhovah. L’un d’entre eux, Paolo, la séduit particulièrement. Désespérée, Alba fait tout pour la remettre sur le droit chemin, elle va jusqu’à l’expulser de la maison. Francesca est logée chez une amie Témoin et semble enfin prendre un peu goût à la vie. Paolo est emprisonné pour désertion du service militaire, puis relâché. Emilio fait une attaque cérébrale et est transporté à l’hôpital. Mise au courant par la femme de ménage, Francesca se rend à son chevet en ayant soin d’éviter les horaires auxquels Alba et Ludovica lui rendent visite. Un jour, elles se croisent et c’est l’esclandre. Le livre se clôt sur une visite de Francesca où elle et son père donnent de la laitue à un brontosaure imaginaire.

CRITIQUE :

La force de ce livre, ou sa faiblesse, selon l’angle sous lequel on se place, c’est son “inquiétante étrangeté”. En effet, le récit est décousu, elliptique à l’extrême, et c’est au lecteur de recréer une certaine linéarité, de combler les trous de la narration, effort souvent fastidieux. C’est un monde irréel, onirique, totalement déconcertant. Tous les personnages semblent en proie à une forme de folie qui les gagne progressivement ou leur laisse de longs moments de répit (dans le cas de Francesca et d’Emilio) au cours desquels ils sont assaillis par toutes sortes de questions métaphysiques, scientifiques ou théologiques (la question de la création de l’univers est sans cesse réexaminée). L’on ressent la fragilité extrême de Francesca, vulnérable, dépressive, dont la raison ne semble tenir qu’à un fil. Son récit est comme dénué d’affectivité, les parents toujours désignés par leur prénom, comme pour se protéger d’eux. Francesca est mystérieusement seule au monde, détachée, inaccessible, malgré une certaine complicité avec son père. Elle médite poétiquement sur la lumière changeante des paysages romains, flotte dans un monde nimbé de vert “couleur d’aquarium” selon sa propre expression, dans des saisons toujours extrêmes, un climat toujours hostile où l’on gèle et deux pages plus loin l’on suffoque. Francesca évolue dans une retraite et une nausée (très sartrienne au demeurant) constantes, opprimantes, trop cynique ou trop apeurée pour jamais parvenir à réellement être au monde.

STATUT :

Publication refusée chez Albin Michel.

Jamais traduit ou publié en France à ce jour. Toujours disponible en Italie.



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